jeudi 15 mars 2012

Le Sillage de l'oubli


Âcre, c'est le mot qui me vient à l'esprit lorsque je parle du roman Le Sillage de l'oubli, à cause du goût de poussière, de l'odeur de foin et de sueur qui se dégagent à sa lecture. Dans cette fresque familiale aux forts relents texans, on suit l'évolution douloureuse de Karel Skala, dont la venue au monde est marquée par la mort de sa mère, décédée en couches – et déjà, on tressaille dans les chaumières – crime originel jamais pardonné par le père. Se succèdent dès lors différentes strates temporelles tissées autour de Karel, brassant descriptions des travaux à la ferme, courses de chevaux fiévreuses, souvenirs d'enfance, rasades de bière et de whiskey de maïs, désir moite et frustration.
À la perte de l'épouse et de la mère jamais adoucie, les membres de la tribu Skala, le père et ses quatre fils, n'opposent que la rudesse et le sentiment rassurant de maîtrise que procure le travail accompli. Car c'est bien dans le tragique de ces solitaires existences masculines que réside la force du roman de Bruce Machart.
À l'ombre du patriarche cruel, mortellement blessé par son veuvage, croissent les silhouettes déformées des fils, dont les cous se sont tordus sous le joug du vieux Skala. Car le père fait ployer les garçons tant par sa dureté que sous le fardeau du labeur, puisque pour épargner ses chevaux il leur fait tirer la charrue.
Où trouver dès lors une once de paix, d'oubli ? Enfant et adolescent, Karel Skala trouve quelque répit dans la puissance brute et rassurante d'un cheval, et puis ce seront les femmes, qui toujours le renvoient à celle qu'il n'a jamais connue.
Si certains célèbrent dans ce roman les peintures sombres d'un Texas âpre et violent, la vitesse, les étreintes fébriles au fond d'une grange, je retiendrai moins pour ma part cet aspect qui flatte un peu la propension au fantasme américain. C'est un texte qui cherche à saisir la rudesse de la condition d'homme, de celui qui doit rester droit et fort, et c'est davantage dans cette dimension que réside la majesté du roman, qui parfois a tendance à aligner les images d'Épinal du western, à coup de crosses rutilantes et de luttes fratricides. De même, à certaines pompeuses tirades à faire larmoyer un peloton de vieilles mexicaines, on préférera les phrases courtes et sèches, certes mâtinées d'un peu de jus de chique, qui disent bien mieux la laborieuse existence quotidienne : « Quand il eut à nouveau déroulé la jambe de son pantalon et redescendu l'échelle, il avait pris sa décision. Il allait voir comment se portait le bétail et si l'éolienne tournait sans problème. Il vérifierait que l'abreuvoir était plein, qu'on avait bien répandu du foin et du sel dans le pâturage tout proche. Il irait prendre son fusil à la maison et emprunterait le chemin de Moulton pour parler avec Hacek, puis, s'il le fallait, il franchirait la limite du comté pour gagner Gonzales et voir s'il ne retrouvait pas la trace des gamins avant que quelqu'un d'autre n'y parvienne et ne leur fasse dans la peau des trous qu'on ne pourrait pas réparer à l'aide d'une pince à épiler, de teinture d'iode et d'un pansement de fortune découpé dans une chemise sale. »

Le Sillage de l'oubli, Bruce Machart, éditions Gallmeister

lundi 12 mars 2012

L'Oiseau Canadèche


Tel le canard, Le Parloir renaît de ses cendres, avec pour seule justification qu'il ne faut jamais dire jamais.

Il m'est avis que Jim Dodge avait sifflé une lampée de trop de Vieux Râle de l'Agonie, le whisky distillé par Pépé Jake selon la précieuse recette délivrée par un Indien agonisant, lorsqu'il a écrit L'Oiseau Canadèche. Car il y a comme un point commun entre le mystérieux processus de fabrication du fantasque breuvage et l'élan implacable et jubilatoire avec lequel Dodge égrène les événements qui amenèrent à se rencontrer Jake, joueur invétéré et immortel, et Titou, son petit-fils jusqu'alors inconnu, désormais colosse amateur de clôtures.
Johnny II, alias Titou, est recueilli par son grand-père après la noyade de sa mère. Le vieil homme, dont le ranch est menacé de saisie parce qu'il n'a jamais payé ses impôts – alors qu'il a acheté « ce bordel d'endroit bien avant que les impôts n'existent » – voit dans l'arrivée de cet enfant la promesse inopinée d'un compagnon de pêche et de boisson comme d'une vie confortable, grâce à l'héritage du petit.
À coups de petites phrases anodinement lancées mais d'une fulgurance imparable, Dodge fait défiler les années de leur tranquille et excentrique cohabitation, dérangée seulement par les incartades de Cloué-Legroin, immense sanglier, possible réincarnation de Johnny Sept-Lunes, un vieil ami de Jake, et la découverte d'un caneton à demi-mort, ressuscité par la grâce d'une rasade de whisky et baptisé Canadèche. Devenus copains comme cochons, les trois comparses partagent une douce existence rythmée par l'érection des clôtures, la dégustation de Vieux Râle et les séances de cinéma en plein air.
Évocation drôlatique et vive, L'Oiseau Canadèche fait fi du temps comme de la raison, opposant à la bienséance romanesque un culot effronté et triomphal, une fantaisie de cane obèse et pétulante.
– Nous refusons absolument tout ce qui sort de l'ordinaire.
Jake explosa :
– Eh ben, ça doit vous faire une petite vie bien merdeuse et salement étroite, non ?

L'Oiseau Canadèche, Jim Dodge, éditions Cambourakis

lundi 7 juin 2010

Dernier dernier lien

Il y a quelques jours est sortie la revue collective de bande dessinée Tomoko.

Au sommaire : Amandine Meyer, Zoé Jusseret, Fanny Michaëlis, Julia Selin, Jaakko Pallasvuo et Polina Petrouchina.

Tomoko n° 1 est disponible chez Philippe le Libraire, 32, rue des Vinaigriers 75010 Paris, et à Alphagraph, 5, rue d'Échange 35 000 Rennes. Vous pouvez également passer commande par mail : tomoko.editions@gmail.com

Tomoko
54 pages/7 euros

dimanche 30 mai 2010

This is the end



Bonjour,

Ce blog va définitivement fermer. Un dernier lien :



jeudi 14 janvier 2010

Village Vanguard


Joli trio d'éditeurs : Les Requins Marteaux, Cornélius, Le Lézard noir




Le Piqueur d'étoiles, Shizuka Nakano, éditions IMHO

Depuis juin, une toute nouvelle librairie a investi les murs du 3, rue de Nemours dans le 11e arrondissement de Paris, en face du vidéoclub Hors-circuits. Un petit tour du côté du communiqué de presse ?
"Inspiré de la chaîne de librairie du même nom au Japon, Village Vanguard se veut un espace ouvert et ludique influencé par les cultures pop japonaise, américaine et européenne. Des artbooks en édition limitée de Junko Mizuno et de Suehiro Maruo aux goodies geek Tokidoki en passant par toute la scène street art et tattoo, c’est toute la force des cultures populaires contemporaines qui seront présentes au 3 rue de Nemours - 75011 Paris. (…)"
Village Vanguard propose aussi bien des essais que des livres de design, des imports, des bandes dessinées, ou des romans. Des soirées sont organisées chaque mois, ainsi que des dédicaces et des vitrines thématiques. Village Vanguard est une tentacule des éditions IMHO.
Pour ceux à qui la sélection ferait envie mais ne pourraient se déplacer, la librairie dispose d'un site où vous pouvez acheter en ligne.


Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 20h.
Métro Parmentier ou Oberkampf.

Chez Philippe le libraire







32, rue des Vinaigriers 75010 Paris

jeudi 31 décembre 2009

Vivement 2010


Du fond de mon lit j'affirme avoir hâte de lire quelques bandes dessinées à paraître en 2010 :

Des Berniques de Sébastien Lumineau
Frances 2 de Joanna Hellgren
– le prochain livre de Dominique Goblet !

Image : Sébastien Lumineau pour Le nouveau journal de Judith et Marinette